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Saturday, September 5, 2026

Fausses billetteries, cyberattaques…les pirates du web à l’assaut des JO

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Derrière l’image de carte postale que renvoient les Jeux olympiques, les pirates du web ourdissent dans l’ombre pour faire dévisser cet événement planétaire et multiplier les arnaques. Mobilisés, tous les services français sont sur le qui-vive pour anticiper la menace et fourbir la riposte. À la pointe de la traque menée aux côtés de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi), le commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (Comcyber-MI) dispose de précieux «capteurs» sur les réseaux sociaux, dont la plateforme russe Telegram. Sa mission? Identifier les revendications des cybercriminels parmi les plus venimeux de la planète. Selon un bilan établi par cette nouvelle entité d’experts et porté à la connaissance du Figaro, 521 attaques informatiques ont été détectées dans le «haut du spectre» entre le 1er décembre dernier et le 5 août dernier. Toujours selon nos informations, pas moins de 278 d’entre elles ont été repérées depuis l’arrivée de la flamme olympique le 7 mai dernier en France, dont 88 faits revendiqués susceptibles d’être reliés de manière plus ou moins directe aux Jeux olympiques.

À la recherche d’une médiatisation à tous crins afin de faire passer des messages revendicatifs (politiques ou religieux), les pirates se montrent très créatifs pour arriver à leurs fins. Parmi les actions revendiquées visant peu ou prou l’événement olympique, les experts du Comcyber-MI ont détecté 33 attaques par déni de service, de type DDos, qui saturent un réseau afin d’empêcher son fonctionnement. Orchestrées essentiellement par des cyberhacktivistes prorusses ou propalestiniens, ces attaques restent «mineures» selon les spécialistes. «Aucune n’a mis à mal une infrastructure stratégique», confirme au Figaro le général de division Christophe Husson, commandant du Comcyber-MI. Si la plus grande confidentialité entoure ces attaques qui font l’objet d’une enquête, l’une d’elles a été attribuée à un groupe de hackeurs musulmans LulzSec, vent debout contre le tableau de la cérémonie d’ouverture assimilé à une version parodique de La Cène, peinte par Léonard de Vinci. Après leur raid numérique, les assaillants ont soutenu avoir exfiltré 3000 lignes de données dans la base de données du site des JO de Paris, notamment des comptes d’utilisateurs, des noms, des adresses postales et électroniques.

Outre 21 vols et/ou diffusion de données sensibles, la «cyber vigie» du ministère de l’Intérieur a répertorié 17 faits revendiqués de «typosquatting» autour des Jeux olympiques. Méconnu du grand public et particulièrement redoutable, ce stratagème exploite les fautes de frappe dans les noms de domaines officiels des Jeux olympiques pour hameçonner des données personnelles et arnaquer les internautes. Intitulées paris2024.homes, Billetterie-paris2024.info, paris24tickets.co, 2024olympics.shop ou encore Olympics-paris2024.com, ces variantes mises au jour par les veilleurs du Comcyber-MI sont autant de versions clonées de sites officiels pris d’assaut par les internautes. Toujours selon nos informations, la gendarmerie nationale a identifié, d’après un bilan mis à jour jeudi dernier, 371 sites frauduleux prétendant vendre des billets, dont 150 mis en demeure (78 ont cessé leur activité) et 23 qui ont vu leur accès bloqué par les fournisseurs, par décision du tribunal judiciaire de Paris.

Dans la typologie des attaques numériques revendiquées contre les Jeux, le Comcyber-MI a enfin relevé des attaques par «rançongiciels», ces logiciels malveillants qui exploitent des failles de sécurité pour chiffrer les systèmes informatiques, avant qu’une rançon ne soit exigée en cryptomonnaie pour les débloquer. Des hackeurs ont aussi revendiqué des «défigurations» de sites (aussi appelées «barbouillages» ou «défacement» des pages d’accueil) ainsi que du «doxxing» visant à rendre publiques des données privées telles que des numéros de téléphone ou encore des adresses. Ainsi, sur fond de guerre à Gaza et de haine antisémite, certains athlètes israéliens ont vu leurs informations personnelles divulguées sur les réseaux sociaux.

Opportunistes, les cybercriminels s’adaptent sans cesse à l’actualité et la fièvre olympique offre un effet d’aubaine. En témoigne la spectaculaire cyberattaque qui a touché, dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 août, l’établissement public RMN-Grand Palais (Réunion des musées nationaux), où se tiennent des épreuves des Jeux olympiques, et par ricochet 36 boutiques-librairies d’autres musées et grands sites touristiques gérés par cet établissement, dont le Louvre et Versailles. «Aucune extraction de données n’a été constatée à ce stade» par l’établissement et les équipes de l’Agence française de sécurité informatique (Anssi), a assuré mardi à l’AFP le directeur de la RMN-Grand Palais, Christophe Chauffour. Une enquête judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour «atteintes à un système de traitement automatisé de données» et les investigations ont été confiées à la brigade de lutte contre la cybercriminalité. L’hypothèse de pirates exigeant le versement d’une rançon n’est pas établie.

«On ne fera pas de Jeux sans cyberattaques», avait prévenu dès le mois de mai Vincent Strubel, le directeur général de l’Anssi. En 2021, les JO de Tokyo avaient été la cible de plus de quatre milliards de tentatives d’intrusions numériques. Détectées par les «sondes» installées dans les systèmes, ces dernières n’ont quasiment jamais réussi à transpercer les «boucliers» informatiques. Alors que les experts de Beauvau décortiquent chaque fait revendiqué pour tenter de remonter sur les auteurs, Gabriel Attal a, de son côté, déjà fait état de 68 cyberattaques visant les JO tuées dans l’œuf depuis le début de l’événement.

À l’approche des épreuves olympiques et paralympiques, les experts redoutaient des raids numériques fondés sur l’intelligence artificielle pour perturber les retransmissions en direct ou manipuler les tableaux d’affichage numériques. Si, pour l’heure, aucun de ces noirs scénarios n’a été mis à exécution, les gendarmes redoutent que les usages malveillants de l’IA montent en puissance. Outre pour les deepfakes, cette technologie est aussi utilisée pour améliorer la qualité des faux mails de «phishing», qui, auparavant, étaient encore trop souvent truffés de fautes d’orthographe.

«En ces temps où la frontière entre le cyberespace et notre réalité quotidienne devient de plus en plus floue, la vigilance et l’innovation sont nos meilleurs boucliers», insiste le général Christophe Husson en préambule du premier rapport, rendu le 30 juillet dernier, par le commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace. Affichant la volonté de «dresser un état des lieux sans concession des défis cyber auxquels la France a été confrontée en 2023», il révèle l’impact massif de ce fléau sur le quotidien des Français.

Comme l’a souligné le ministère de l’Intérieur, neuf compatriotes sur dix «ont déjà été confrontés à une situation de malveillance informatique, notamment via les techniques d’hameçonnage (pour 70% d’entre eux), mais aussi de nouvelles menaces comme le “quishing”, technique exploitant des faux QR Codes pour subtiliser de l’argent». Au total, les policiers et les gendarmes ont relevé quelque 278703 infractions liées au numérique en 2023. Soit en moyenne un fait par minute, sachant que cette cyberdélinquance touche notamment les plus jeunes : 47% des victimes de préjudice financier en ligne ont moins de 44 ans.

«Ces derniers mois, plusieurs opérations significatives menées par les services de police et de gendarmerie ont abouti à des interpellations en France et dans le reste du monde», prévient le ministère de l’Intérieur, qui, par exemple, a évoqué «le récent démantèlement de la plateforme Genesis market, qui revendait des données personnelles de plus de 1 million et demi de personnes sur le dark web». Selon nos informations, la plateforme Thésée de l’Office anti-cybercriminalité (Ofac) a reçu une centaine de plaintes en lien avec les Jeux olympiques 2024, dont près de 80% visant des vendeurs de faux goodies et de billets bidons. La chasse aux pirates du web ne fait que commencer.

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